Yoga : passer l’hiver

Tous les ans à l’automne, mon mental devient terriblement paresseux et se perd en introspections stériles qui ne débouchent sur rien. Si je l’écoutais, je passerais alors 3 mois au lit avec des livres sans bouger. Si les conditions étaient réunies, je le ferais VRAIMENT. La vie étant bien faite, la possibilité ne s’est heureusement jamais présentée. Ayant noté le phénomène depuis bien longtemps, j’ai aussi remarqué qu’il ne fallait absolument pas que je tombe là-dedans. C’est toute la différence entre nos envies et nos besoins. La pratique éclairée du yoga amenant la connaissance de Soi, elle permet peu à peu de faire la différence entre les deux. C’est quand même fort de café de se rendre compte que ce dont on a envie n’est justement pas ce qu’il nous faut ! Comment s’en rend-on compte ? Par l’expérience directe et répétée. C’est comme ça qu’on se retrouve à pratiquer le yoga ashtanga quand on a plutôt l’énergie d’une bûche à la base (partage personnel).

Il y a une décennie, alors au chômage sans aucune perspective d’embauche, sortant d’une rupture amoureuse, fauchée comme jamais, j’ai découvert le pouvoir de la discipline. Grosso modo, j’ai réfléchi et suis venue à la conclusion que si je ne m’imposais pas un rythme dans mes journées vides, le prochain pas logique était une dépression. Vous l’aurez deviné, c’était…l’automne. Je me suis donc fixée des conditions pour m’obliger à bouger mon corps une fois par jour. C’était déjà ça d’accompli dans cet espace intersidéral. Je n’en avais aucune envie, mais je savais qu’après je me sentais toujours mieux. L’expérience l’avait toujours montré. J’ai donc mis en place une organisation qui m’engageait financièrement et auprès de personnes aussi, et comme je n’aime pas fuir mes engagements, ça a très bien fonctionné. Trois mois après, j’étais en pleine forme et je suis persuadée que c’est uniquement grâce à ça que j’ai obtenu un emploi parmi plus de 150 candidats. Cet emploi a ensuite débouché sur un deuxième, et ainsi de suite jusqu’à un CDI temps plein. La vie ne tient vraiment pas à grand-chose hein ?

Installer une pratique de yoga dans sa vie a tout à voir avec le processus d’acquérir une nouvelle habitude. Et j’ai découvert récemment qu’il existait une science des habitudes, il y a des techniques qui fonctionnent et d’autres pas du tout. Si vous avez déjà abandonné une activité en milieu d’année, vous savez déjà de quoi je parle. L’idée générale est celle-ci : quoi que vous souhaitiez mettre en place, la discipline personnelle n’est pas suffisante. Pourquoi ? Parce que l’environnement gagne toujours. Il est plus fort, c’est comme ça. Je ne dis pas que la motivation personnelle n’est pas utile, je dis juste qu’elle ne suffit pas. D’une certaine manière, ne vous fatiguez donc pas à lutter tout seul dans votre coin et ne vous culpabilisez pas quand vous ne parvenez pas à vous lever pour pratiquer. Tout ça est normal et partagé par tous. Vous vous rappelez la dernière fois que vous avez acheté un tea-shirt goodie à un concert reggae et que vous ne l’avez jamais porté ? L’environnement.

La clé est de faire en sorte de se créer un environnement qui roule pour nous plutôt que contre nous. C’est là que la motivation personnelle entre en jeu, dans cette phase de création. Exemple : s’inscrire dans une activité qui reste accessible mais nous coûte suffisamment pour qu’on ne veuille rater aucune session. Dans mon cas, je m’étais mis au squash 2 fois par semaine. C’était une folie financière sur le moment….sauf qu’au final ça m’a rapporté un job je pense. Autre exemple : s’engager à aller courir avec un ami tous les mardis et par tous les temps. C’est gratuit, mais l’on est engagé vis-à-vis de quelqu’un et l’on sera moins tenté d’annuler. Attention toutefois au choix de l’ami. Je recommande de choisir une personne qui n’est pas du genre à manquer à ses engagements. Exemple suivant : ne pas rentrer chez soi avant son cours de yoga du soir pour être sûr d’y aller. En profiter pour flâner dans cette librairie dans laquelle on n’a jamais mis les pieds. Ca paraît simple et un peu artificiel comme ça, mais c’est terriblement efficace.

Ce dont je vous parle ici, c’est du “succès” en yoga. Oui, je répète, du succès en yoga. Celui-ci n’ayant évidemment aucun rapport avec quelque performance physique ou respiratoire. Le succès en yoga dépend d’un seul critère fort : cette fichue régularité avec qui nous entretenons une relation miroir de notre fonctionnement mental. Certains la fuient, d’autres la pensent accessoire, un certain nombre l’entretient cependant. Dans Atomic Habits, l’auteur James Clear écrit (et j’ai traduit) : “Les gens à succès ressentent le même manque de motivation que n’importe qui. La différence est qu’ils trouvent toujours un moyen de poursuivre malgré le sentiment d’ennui“. Il dit encore : “Il est remarquable de voir ce que l’on peut accomplir lorsque l’on n’arrête jamais“. J’ai pu l’expérimenter brièvement, les interruptions en yoga ne sont pas souhaitables. Pas seulement physiquement, mais au niveau du souffle et mentalement. Alors bien sûr tout est récupérable car la vie est dynamique, mais ce n’est pas idéal, ça peut même déboucher sur une perte d’intérêt.

Notre responsabilité ? Créer de toutes pièces ce cercle vertueux. Se faciliter la tâche et lever tous les obstacles entre soi et le tapis en somme. En yoga, se trouver un enseignant stable dont l’enseignement attise notre intérêt profond. Dérouler son tapis la veille pour le lendemain matin et mettre ses vêtements de sport sur la table de nuit. Décider de payer une babysitter tous les samedis matins pendant 2h. Se trouver un shala situé sur le chemin du travail/de l’école. Lire un article sur le yoga une fois par semaine pour rester dans le bain. Se “récompenser” après avoir rempli son engagement en s’achetant un petit quelque chose. Se dégager consciemment du temps en réduisant de 1h30 son temps de travail. J’entends trop souvent “je n’ai pas le temps“. Mais je vois aussi des personnes pratiquer une (voire plusieurs) fois par semaine et qui travaillent à temps plein avec 3 enfants (immense respect pour tous ceux-là). Qu’ont ces personnes en commun ? Leurs journées durent 24h mais leurs choix diffèrent. Créer ce cercle vertueux touche, à mon avis, quelque chose de plus profond dans notre rapport mental au temps : “être occupé ne veut pas nécessairement dire être productif” (Ryder Carroll). Il dit également : “il ne faut pas sous-estimer l’impact potentiel de petits projets portés par une démarche intentionnelle“. Moi j’appelle ça la technique de la tortue. Et elle est redoutable.

Bel hiver à toutes les tortues.

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