Les vertus du courage et les pièges de la facilité.

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          La pratique quotidienne du yoga ashtanga est la chose la plus difficile que j’ai jamais réalisée. Je pèse chacun de ces mots, je n’ai jamais rien fait d’aussi difficile que « monter » sur mon tapis tous les jours, entre 1h et 2h30, consciente de mon souffle. Je comprends sincèrement que tout le monde ne le fasse pas. Je parle ici moins de l’aspect physique de la pratique qui peut être adaptée à tous, que du fait de s’y mettre avec intention et sincérité. Un mémoire universitaire de 250 pages ? De la gnognotte à côté. 17 ans de psychothérapie (!) ? Une bouchée de pain. Courir un semi-marathon ? Une simple balade dominicale.

          Tous les jours. C’est l’engagement le plus fort que je n’ai jamais pris et il est envers moi-même, ce qui est probablement encore un cran au-dessus. Personne ne m’attend, il n’y a aucune histoire à se raconter sur pourquoi on l’a fait ou non. Il n’y a personne à qui expliquer à quel point on a été empêché de dérouler son tapis et d’être présent à soi ce jour-là. Il n’y a que le regard de soi sur soi. (Je réalise vraiment en posant ces mots, que c’est un luxe inouï de pouvoir parler de choses pareilles, tant il y a des pays plongés en pleine guerre où les populations locales sont bien loin de ces considérations…Mais bon, là je suis en France donc c’est ainsi.)

          Laissée à mon état naturel, je serais du genre à rester toute la journée au lit à manger du chocolat (no joke). J’aurais pu tout aussi facilement sombrer dans une quelconque addiction, geignant perpétuellement sur l’état du monde actuel et blâmant l’extérieur pour mon absence de contentement intérieur, entre deux divertissements. Pour oublier. Cet état naturel est à portée de main, accessible à tous, tout le temps. Il n’y a rien à faire de particulier pour l’atteindre en ce qui me concerne, il suffit que je me laisse aller à mes automatismes. Parfois, à l’occasion de quelques « échecs », il n’est pas loin de refaire surface. Mais…il y a un « mais ». Le « mais », c’est la rencontre réelle, physique, énergétique, concrète avec des enseignants de yoga très exigeants qui nous inspirent le courage d’aller chercher plus loin que cette banale version de soi. Plus loin que la négativité et la passivité. Tu vaux mieux que ça, mais il va falloir te retrousser sérieusement les manches et commencer par changer ta manière de penser. Quand j’ai commencé mes premières recherches sur le yoga ashtanga, j’ai lu des dizaines d’articles, regardé des vidéos sur Youtube et après quelques mois, est ressortie une seule et même constante entre tous les enseignants dont les personnalités étaient pourtant très différentes. Je n’ai relevé durant tous ces mois qu’une seule constante : faire sa pratique tous les jours. S’engager pleinement.

          Alors, j’ai arrêté de vouloir chercher à comprendre avec ma tête, et j’ai choisi de les prendre au mot et de faire cette satanée pratique. Par curiosité. Voyons voir ce qui se passe si je fais ma pratique tous les jours comme ils disent tous. Les challenges n’ont pas tardé à se faire connaître…c’est-à-dire que j’ai commencé à me connaître. Ce qui m’a le plus marqué est probablement cette ligne si ténue entre déployer son courage ou retomber dans la facilité. Entre l’état d’esprit de se donner une chance sans garantie, donc de se risquer, et celui de se dire d’avance que ça ne sert à rien. Il est si facile d’arrêter. D’abandonner. Il n’y a rien de plus facile dans la vie. Ca prend une fraction de seconde et zéro énergie. C’est presque automatique. Mais…il y a un « mais ». Dans l’après-coup, le regard de soi sur soi reste insatisfait. On sent bien qu’il y a une part d’inachevé et de frustration. On aurait pu faire mieux, vraiment, on le sent au fond. Alors les regrets ne sont jamais loin qui nous rappellent qu’on fait peut-être la même chose dans le reste de notre vie…attendre que les choses changent de l’extérieur. Que quelqu’un au-dessus fasse enfin quelque chose. Notre patron(ne), notre conjoint(e), une personnalité politique, l’enseignant(e), une association…etc.

          À cela la pratique répond : travaille d’abord sur ton énergie et ta présence tous les jours, ne fais pas de compromis là-dessus, adapte quand c’est nécessaire. Laisse la pratique transformer ta présence au monde, laisse la t’ouvrir les yeux progressivement sur ce qui est. Puis passe à l’action. Qu’attends-tu depuis toutes ces années en fait ? Qu’attends-tu pour être pleinement présent ? 

          À tous les chercheurs solitaires. N’abandonnez jamais. Ça va être une chouette aventure.

2 réflexions sur “Les vertus du courage et les pièges de la facilité.

  1. Caroline dit :

    Merci Flora ! J’attends toujours tes articles avec impatience, je les trouve profonds et tes mots, comme une bonne pratique, me redonnent souvent l’énergie qui se fait parfois la malle pour laisser place au découragement. J’ai tendance à tout intellectualiser et à ne jamais trouver de solution définitive à toutes mes interrogations, le yoga m’apporte une présence qui était impensable pour moi avant de la découvrir, occupés comme nous sommes à toujours être ailleurs. Tu as raison, abandonner est la chose la plus facile au monde et approcher l’engagement d’une pratique quotidienne par le biais de la curiosité, pour voir ce qui se passe en nous me paraît bien plus tenable que de voir cela comme une contrainte que l’on s’impose soi-même. Engagement plutôt que contrainte, curiosité plutôt que devoir. Je crois que l’on peut lire des centaines d’articles de développement personnel pleins de bon sens, rien ne remplacera jamais l’expérience. Et oui, nous avons la chance de pouvoir penser à cela alors profitons-en 😉

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