La concurrence…en yoga ?

         Si vous tapez « cours/stages de yoga » ou « yoga rennes » sur un moteur de recherche en 2017, vous tomberez sans surprise sur des choix… »en masse » comme disent nos amis Québécois (que j’adore). Pour l’élève curieux, difficile au démarrage de savoir par où commencer. Quel prof choisir ? Celui dont la photo est la plus lumineuse sur son flyer ? Celle qui propose la technique la plus précise pour réussir un équilibre sur les mains et le pied derrière la tête ? Celui dont les textes nous font le plus réfléchir ? Celle qui a l’air sympa et accessible alors que d’autres n’inspirent vraiment pas confiance ? Pas évident. De l’autre côté de la barrière, du côté du prof de yoga qui se lance, la tâche paraît tout aussi décourageante au démarrage. Comment exister au milieu de tout ça ? Qu’a-t-on à apporter de différent des autres ? Doit-on craindre cette concurrence qui semble être partout ? Je vous propose ici de réfléchir très précisément à ceci : la concurrence n’existe pas. Je répète : la concurrence n’existe pas. Je n’y crois pas une seconde, et n’y ai jamais cru, même quand il n’y avait qu’un seul élève à suivre mes cours et que moi aussi, j’avais peur que ça ne marche jamais.

           Pour comprendre vraiment ce dont je parle ici, il va falloir que vous vous décaliez de votre rationalité habituelle, de votremental ordinaire. La rationalité habituelle propose en effet que « mais enfin bien sûr qu’il y a une compétition, il faut bien se démarquer d’une manière ou d’une autre afin de détourner les élèves qui fréquentent un endroit pour les amener à vous !« . Ce type de raisonnement, je l’ai entendu de la bouche de plusieurs profs de yoga, parfois des personnes avec des décennies d’expérience et « reconnues » dans le milieu. Leurs cours étaient pleins à craquer, mais ils tenaient encore ce discours en coulisses. J’ai vu une enseignante de yoga ne pas donner un contact de cours de yoga prénatal à sa collègue enceinte, car le cours était donné dans un autre endroit que le sien. Et je vais vous expliquer pourquoi je trouve tout ça très (très) embêtant. Pour ces personnes, mais surtout pour leurs élèves. Ce qui dessert une personne, nous dessert tous.

           Vivre dans la peur de la concurrence, c’est vivre dans la peur tout court. Et vivre dans la peur, c’est ne pas être sur un chemin de liberté. Si l’on n’est pas pleinement engagé sur un chemin de liberté (ce qu’est normalement la voie du yoga), comment peut-on prétendre la transmettre aux autres ? On ne transmet que ce que l’on est. En particulier dans le yoga.

           Vivre dans la peur est dans le meilleur des cas le signe que l’on est en construction, encore fragile, pas sûr de soi. Suis-je capable ? Le téléphone va-t-il sonner ? Comment vais-je payer la location de ma salle ? Aurais-je dû expliquer la posture autrement à cette personne qui n’est pas revenue ? Combien de fois me suis-je posée ces questions. Des centaines, des milliers. Je me réveillais au beau milieu de la nuit en plein rêve : « et on descend sur la jambe droite pour la posture du triangle ». Je refaisais la nuit mes cours de la journée. J’avais peur de ne pas expliquer correctement, peur que les gens ne reviennent pas à mes cours, peur d’être illégitime…peur de ne pas être aimée, reconnue, acceptée. Mais la voie du yoga amenant potentiellement un travail personnel de « lâcher-prise », c’est ce qui s’est passé. Car voilà une vérité qui s’est vérifiée : la peur est une construction qui a rapport avec l’histoire de la personne, et à un certain niveau de compréhension,elle n’a rien à voir avec l’existence de nombreux cours de yoga ici ou là.

           Ici d’aucuns pourraient s’offusquer : « mais enfin, il faut bien se faire connaître, faire un site web, de la publicité« . En effet, qui ne sème rien ne récoltera pas grand-chose et mon propos n’est pas d’encourager à l’inaction. Je conseillerais même au début de faire feu de tout bois, d’être actif, de saisir (presque) toutes les occasions de travailler, même les moins intéressantes. À la radio on questionnait récemment un entrepreneur qui avait très bien réussi. « Quel est la recette de votre succès ? ». Réponse de l’intéressé : « Je me suis planté une première fois, puis j’ai réessayé ». N’est-ce pas exactement ce que l’on pratique sur le tapis ? On essaie, et on lâche prise sur le résultat. C’est en général à ce moment précis que la posture est tenue, c’est-à-dire depuis un positionnement interne de détente et non de tension.

           Si l’on transpose cela au fait de vouloir attirer des élèves à ses cours de yoga, ou des clients à son salon de thé, une fois les actions posées, la meilleure chose à faire, c’est de travailler très sérieusement et se détendre régulièrement. En effet, s’il y a bien une voie où l’on ne peut forcer personne, c’est bien celle du yoga. Les connections se font là où elles doivent se faire et surtout au moment où elles doivent se faire. Personnellement, j’ai toujours encouragé les élèves à aller pratiquer ailleurs. Je sais que certains le font, et ils n’ont pas pour autant déserté mes cours. Et dans tous les cas, qu’est-ce qui est important ? L’important pour moi, c’est que la personne trouve ce dont elle a besoin, même si ce n’est pas dans mes cours. Je me suis vue conseiller à une personne de ne pas s’engager sur un cours d’ashtanga avec moi car elle sortait d’un burn-out et avait besoin à mon sens d’une pratique très lente et statique. Que ferait quelqu’un qui a peur ? Il tenterait de retenir la personne. Vous voyez le souci ? Il y a des choses qui ne vont pas ensemble. On ne peut pas tenir un discours de lâcher-prise en s’accrochant en même temps fermement au passé (= à ses peurs).

position pratiquée au cours d'un cours de yoga à rennes

           Je vous propose d’envisager sérieusement ceci comme un mantra : à un certain niveau, le concept même de concurrence n’existe pas, il y a de la place pour tout le monde et chacun a quelque chose d’unique à apporter. Depuis cette position de partage et d’ouverture (qui doit évidemment être suivie d’actes concrets et non rester dans l’imaginaire), nous sortons alors tous grandis car plus libres. Qui dit mieux ?

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