Travailler avec les autres

          Cet article vous intéressera plus particulièrement si vous êtes enseignant(e) de yoga ou même soignant (médecin, psychologue, kinésithérapeute, ostéopathe, infirmier(e)…), ou tout simplement si vous êtes amené(e)s à travailler quotidiennement pour/avec des personnes. Il est né des retours que j’ai fréquemment concernant la condition actuelle de « prof de yoga » (métier à la mode, vous avez dû le remarquer). Je n’ai certainement pas la prétention de parler au nom de tous, mais de ce que j’en entends par échos très réguliers, beaucoup sont fatigués, voire pour certains carrément au bout du rouleau (burn-out). Les jeunes, comme les moins jeunes. Comme il se trouve que je cumule moi-même 2 métiers où la relation est au centre du travail (psychologue/enseignante de yoga), je me permets d’aborder ce thème qui m’anime au quotidien. Ma survie de base dépend en fait uniquement de ma capacité à trouver un équilibre énergétique pour moi-même, le reste suit. Peut-être cela vous parlera-t-il à vous aussi ? Je l’espère.

           Pour qui entend travailler sérieusement avec d’autres êtres humains, autant le dire d’emblée : TOUT COMMENCE AVEC SOI…et pourtant comment se fait-il que l’on s’oublie aussi fréquemment au premier obstacle (il fait froid, on est occupé par les enfants, le travail…etc., tout nous attire à l’extérieur)?  Autrement dit, vous êtes votre propre ressource, travaillez sur vous, maternez-vous, ressourcez-vous même si vous devez dépenser du temps et de l’argent pour cela, bref occupez-vous de vous en premier lieu et avant tout mouvement vers l’extérieur. Donnez vous avant de donner aux autres. Précision ici, s’occuper de soi ne signifie pas uniquement faire ce qui nous fait plaisir. Faire une psychothérapie par exemple est constructif et libérateur mais n’est pas toujours plaisant. D’abord l’intérieur, ensuite l’extérieur.

           Alors là peuvent s’élever des voix, parfois même familiales ou amicales, et qui crieront à l’égoïsme. Comment est-on tombé dans cet amalgame entre « faire retour sur soi » (qui est la chose la plus première/primordiale qui soit) et être « égoïste » ? C’est intéressant à observer car à la base de cela se trouvent deux points d’ignorance :

1) celui de savoir ce que cela coûte VRAIMENT de travailler avec des personnes, à long terme. Dieu sait que cela prend de l’énergie, de l’attention ! La dépression de l’un, la sciatique de l’autre, les problèmes sexuels du troisième….comme si cela était la chose la plus importante dans l’ici et maintenant de l’écoute (et ça l’est effectivement à ce moment-là).

2) et peut-être le plus important : nous projetons en permanence notre vision du monde sur l’extérieur. Nous voyons le monde comme nous sommes…mais nous l’oublions. Notre paysage interne se reflète dans notre paysage relationnel.

           À l’opposé de ces considérations, il m’est arrivé récemment de passer plus d’une demi-journée à faire du travail de bureau et j’en suis sortie vraiment étonnée : à la fin, une certaine fatigue visuelle certes, mais je me sentais complètement disponible mentalement en comparaison de mes journées habituelles. Il n’y a pas à dire, c’est bien le relationnel qui nous pompe principalement notre disponibilité psychique.

           Que j’enseigne le yoga à un groupe, ou que je reçoive une personne seule dans le cadre de mon cabinet, tout se passe comme si j’ouvrais mon « être » (corps, cœur, tête) vers l’extérieur à 100% pendant une longue période de temps. Des heures et des heures et des heures. D’ouverture. Je suis avec le groupe, je suis avec la personne. Je ne décroche pas, j’essaie d’être présente à 100% quoi qu’il m’en coûte. Pour cette raison, les enseignants de yoga ont souvent un quota de cours au-delà duquel ils n’en peuvent plus. Ce quota est tout à fait personnel et assez précis pour chacun (la personne pour qui 2 cours par semaine sont suffisants n’est pas moins bonne que celle qui peut en donner 15), et dépend également de la durée sur laquelle on compte enseigner. Il n’en va pas de même pour qui souhaite courir un sprint ou bien un marathon. Et le quota peut changer au fil des années, de l’évolution personnelle, familiale.

           L’affaire donne encore moins le droit à « l’erreur » quand on travaille à son compte, on ne peut à aucun moment se reposer sur les autres. Si l’on est malade, il est très embêtant d’annuler des cours ou des rendez-vous : pour les personnes évidemment, mais également pour les finances et donc pour la sécurité de base : la sérénité. Pas de travail, pas d’argent, et les charges elles, restent les mêmes, sans compter les emprunts, les formations le cas échéant. Difficile parfois de ne pas céder à la pression qui invite à dire : allez c’est bon, je ne m’écoute pas sur ce coup-ci, la situation le nécessite. Une fois, deux fois…attention à s’arrêter à temps ! Savoir s’arrêter quand il faut, c’est avoir pris le temps de l’observation. Et ce temps d’observation, il est de notre responsabilité de nous l’octroyer, personne ne va le faire à notre place.

           Le travail relationnel est par ailleurs extrêmement nourrissant et enrichissant. On ne s’ennuie jamais, c’est vivant, j’adore ! Mais je suis aussi persuadée que quand on choisit ce type de métiers passionnants, on y trouve aussi un rôle, une place bien particulière, et autant en être pleinement conscient. Attention à ne pas trop s’identifier à son costume. Si demain plus personne ne voulait faire de yoga, honnêtement je ferais autre chose avec plaisir, j’ai 2/3 idées, mais je continuerai toujours ma pratique. Je ne me sens pas indispensable et penser ainsi m’allège énormément.

           Et si on lâchait prise pour de vrai pour finir 2016 ?

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