Ashtanga yoga : la mauvaise réputation

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          Si les a priori autour du « yoga » semblent quand même un peu dépassés de nos jours (« c’est ésotérique », « c’est pour les hippies », « c’est de la gym pour mamies » etc.), le yoga ashtanga, lui, souffre encore trop souvent d’une très mauvaise réputation. Alors que j’écris ces lignes, enceinte de 8 mois, cela me navre d’autant plus que c’est uniquement cette méthode de yoga qui m’a vraiment transformée et soutenue plusieurs années avant ma grossesse, et également pendant. Avec quelques adaptations et pas mal de persévérance évidemment. C’est la pratique du yoga ashtanga qui a été mon meilleur allié, mon ancrage le plus solide durant des années, qui m’a permis de nouer un lien si profond et subtil avec mon souffle, d’apprivoiser sereinement la puissance du silence. On est à mille lieux de la soit-disant gymnastique et je suis attristée de voir des personnes tirer des conclusions hâtives. J’ai listé ci-dessous quelques préjugés couramment admis que mon expérience quotidienne a complètement invalidés et je vous invite également à aller plus loin que vos propres préjugés (ou ceux colportés par d’autres qui n’ont souvent pas creusé l’expérience sérieusement).

  • L’ashtanga est une pratique physiquement très difficile : faux.

Il est certain que cette méthode met en jeu le corps. Pour autant, si l’état d’esprit raisonnable est installé dès le départ chez le pratiquant, à savoir qu’on avance un jour après l’autre en yoga, l’ashtanga n’est absolument pas plus difficile physiquement que n’importe quel autre hatha yoga. Il s’agit de bâtir une pratique sur des années et c’est important de l’envisager ainsi dès le départ. On remarque en revanche dans la pratique des élèves qui veulent aller trop vite. Je reçois souvent des emails de personnes me disant être sportives et voulant donc « sauter » le cours dit débutant. Hormis la question des disponibilités de planning, c’est une absurdité totale. Je participais récemment au cours « débutant » donné par ma collègue Naomi et j’ai appris beaucoup de choses ce jour-là sur mon état. Au lieu d’accumuler des poses dans une tentative automatique de fuite de Soi, le yoga nous incite au contraire à ralentir et à entrer en profondeur dans le ressenti et le souffle. Il n’y a pas besoin de 90 asanas pour ressentir les choses puisque cela se passe dans le moment présent. Ça commence là, tout de suite. Avec la fin de grossesse, j’ai fait de fabuleuses pratiques de 35 minutes, complètement immergée dans les quelques poses que je peux encore effectuer et qui me sont ô combien bénéfiques. Ironie de l’histoire, ce sont souvent les mêmes personnes pressées d’avancer qui ne seront pas régulières en cours, encore moins chez elles. Il est fréquent qu’elles abandonnent rapidement le navire pour passer à une autre pratique, ayant à peine effleuré la surface de l’expérience après une dizaine de séances et disant : « j’ai fait un an de yoga » (comprenez : 10 heures)

  • Le yoga ashtanga est répétitif et donc ennuyeux : faux.

L’ennui appartient uniquement au pratiquant et la répétition d’une séquence peut justement révéler le manque de créativité et de ressenti d’une personne. Vraiment aucun jugement là-dedans, puisque ce sera simplement un pas à franchir pour aller au-delà et développer son sens de l’observation. Quel dommage de s’arrêter là, avant même d’avoir commencé ! Le mental, éternel insatisfait, dira : « donne-moi autre chose, divertis-moi, je veux du fun« . C’est quelque chose que tout le monde rencontre. Mais cela n’appartient pas à la méthode qui, sous la guidance d’un enseignant enthousiaste et créatif, nous amènera au contraire à voir toutes les nuances avec lesquelles la séquence peut être faite et à en ressentir l’immense richesse. À observer jour après jour, semaine après semaine, les transformations. De répétition, il n’y a jamais pour qui est pleinement dans le moment présent, il n’y a pas un jour comme le suivant, pas une respiration comme la suivante. Il y a seulement des personnes qui pratiquent en mode « pilote automatique », et c’est très différent puisque c’est une absence de présence à Soi. Ce sont les mêmes qui seront prompts à la remarque (ex : « on ne fait pas assez de pranayama ») quand bien même ils ne maîtrisent toujours pas correctement la respiration Ujayi allié au mouvement. À quoi bon apprendre 3 pranayamas supplémentaires ? Autant prendre plaisir à raffiner déjà ce que l’on fait de manière grossière (souvent c’est complètement inconscient, d’où le souci).

  • En ashtanga, on finit par se faire mal, c’est forcément la faute du prof ou de la méthode : faux.

En 2018, avec toute l’information anatomique disponible (Leslie Kaminoff, David Keil…) et les apports si précieux de Monsieur B. K. S Iyengar concernant le placement corporel, l’enseignant d’ashtanga qui a étudié sérieusement n’a aucune excuse pour ne pas être précis dans ses indications de placement qui éviteront à ses élèves des blessures aux ischio-jambiers, aux épaules, aux lombaires, et j’en passe. Mais cela ne servira à rien si l’élève ne s’approprie pas les indications et pratique malgré tout n’importe comment – comprenez sans conscience mais en voulant en faire toujours plus. L’élève doit être actif et se parler durant la pratique, il doit savoir pourquoi il fait ceci ou cela de telle manière et s’il ne le sait pas, au moins il doit être conscient qu’il ne sait pas et qu’il serait peut-être temps de questionner l’enseignant, de faire des stages, ou une retraite de yoga. Je suis toujours ravie de redétailler le placement des épaules dans la position n°4 (çatuari / Chaturanga Dandasana), une variation est disponible genoux au sol et en cas de souci important d’épaule, on peut proposer de ne pas faire les vinyasas entre les postures ou des exercices complémentaires d’étirement. Tout est souple, adaptable à l’état du jour, en particulier dans une pratique « Style Mysore ». D’où le point suivant…

  • L’ashtanga « Style Mysore » est réservé aux pratiquants très avancés : archi-faux !

C’est tellement faux et archi-faux que je n’en reviens toujours pas que les gens colportent de telles ânneries, quel dommage ! Le « Style Mysore » est la manière dont la pratique était uniquement transmise initialement à Mysore dans le Shala de Sri K. Patthabi Jois, le cours guidé n’existait pas. Il s’agit d’une auto-pratique, chacun faisant son programme et l’enseignant passant donner des indications individuelles et des ajustements manuels en fonction de ce qu’il observe de la personne ici et maintenant. La seule condition pour participer à une séance de ce type est d’avoir mémorisé un morceau de la séquence. À ce que je sache, la mémorisation de quelques mouvements alliés au souffle n’a rien à voir avec un état d’avancement physique particulier (on se fiche de l’amplitude et de la grâce des mouvements). En revanche, cela demande que l’élève passe immédiatement en mode de pensée « actif » et c’est souvent là que ça coince dans nos sociétés à tendances consommatrices et passives. En pratique, pour mémoriser…il faut simplement pratiquer. C’est simple comme bonjour et tout le monde fait des choses bien plus compliquées dans sa vie de tous les jours ! En échange de ce léger effort de départ, la pratique nous fait le cadeau très rapide de l’indépendance. On se balade avec l’outil et on peut l’utiliser à volonté, il n’y a pas besoin systématiquement d’avoir un enseignant, autrement on ne pratiquerait qu’une fois sur 10. Le gigantesque avantage de cette manière de pratiquer est que l’élève bénéficie certes de l’énergie du groupe, mais en même temps de la guidance individuelle de l’enseignant quand celui-ci le juge nécessaire ou qu’il en fait lui-même la demande. Ainsi, son rythme et ses besoins individuels sont satisfaits, bien plus que dans un cours collectif guidé. Pour cette raison, j’ai participé à plusieurs cours Mysore, enceinte jusqu’au cou, là où on ne m’aurait jamais acceptée dans un cours collectif guidé.

          L’ashtanga est inclusif pour qui se donne une chance d’ouvrir dans un premier temps…son esprit 🙂  

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