Le DJ AVICII, Instagram et la poudre de perlimpinpin

     Je suis récemment « tombée » sur le documentaire Avicii : True stories – pas de panique, vous êtes bien sur un BLOG de yoga, mais le genre qui s’intéresse à tout. Puisque tout est un…bref. On y suit le DJ Avicii, de son vrai nom Tim Bergling, né le 8 septembre 1989 à Stockholm et mort le 20 avril 2018 à Mascate. Le documentaire sorti quelques temps avant son suicide relate les débuts du DJ dans sa petite chambre de Stockholm, puis sa montée en puissance au cours des 8 années de carrière où il devint une star internationale et la tête d’affiche des plus grands festivals mondiaux. À mesure que l’histoire se déroule, on découvre ce jeune homme réservé, parlant d’un ton posé et d’un talent hors du commun dans la composition de sa musique. Il en scotche plus d’un, de Chris Martin à Nile Rodgers qui le compare même à Mickaël Jackson du fait d’avoir la symphonie entière de l’orchestre dans la tête. Ben oui, quand même.

Mais ce qui est encore plus bluffant, c’est le décalage qui se crée entre d’un côté sa passion viscérale de la musique qu’il compose dans l’intimité…et l’exposition médiatique frénétique dans laquelle il va se laisser entraîner avec les difficultés afférentes : problèmes de santé graves, consommation de toxiques, anxiété, dépression. Jusqu’à son suicide à l’âge de 28 ans. Ce fossé qui se creuse entre le plaisir de créer sa musique dans ses débuts et les derniers concerts qu’il annule car ayant totalement perdu le sens de ce qu’il fait, laisse une grande impression de malaise. Son jeune âge n’arrange rien. Ce succès colossal va de pair avec un éloignement progressif mais massif de son centre. Il ne cesse d’ailleurs de répéter qu’il n’en peut plus, que son corps n’en peut plus, mais personne ne semble l’entendre. Sur la fin, il voit les gens s’amuser, a bu pour assurer son set et vit les scènes de l’extérieur. Le fait de savoir qu’il s’est suicidé peu après, accentue encore le malaise du spectateur.

     Bon, on y vient ou quoi ? Patience petit scarabée. La pléthore d’enseignant(e)s de yoga en 2019 comporte aussi énormément de gens passionnés. Le cœur certes ouvert mais la conscience parfois insuffisante, beaucoup cherchent la reconnaissance et se perdent en chemin, probablement comme dans beaucoup d’activités où l’on s’expose aux autres. Et une sous-catégorie est clairement concernée par une faille narcissique si profonde qui fait de cette reconnaissance une véritable obsession. Avec les réseaux sociaux, le phénomène est exponentiel. Tel des rats de laboratoire, on clique pour avoir la gratification qui rassure sur sa valeur. C’est sans fin. Plus j’ai de « likes », plus je le vaux, et vice versa. Les photos de « postures » Instagram rassemble la famille mondiale des hyperlaxes dont le novice sera bluffé par l’avancement qu’il pense deviner chez la personne du fait de sa propre ignorance de la véritable science du yoga. En réalité, pour qui sait lire le corps, c’est souvent le contraire.

J’ai décidé récemment de prendre des mesures « drastiques » face à ces univers parallèles. Pour des questions d’hygiène mentale car c’est une forme de pollution après tout. Je ne veux pas paraître joyeuse et pleine de succès, je m’en fous…je veux le vivre intérieurement chaque jour. Je veux mettre la barre à ce niveau-là, pas en-dessous au niveau des apparences. Je pense que tout un chacun – toi + moi + lui + elle + tous ceux qui sont seuls…pardon je sors – a tellement plus de substance que ce cirque creux du paraître, à l’opposé de ce que la véritable pratique du yoga apporte de nourriture profonde et ne réveille d’énergie ! J’ai la chance d’avoir une activité professionnelle à mi-temps de psychologue/sophro-analyste en cabinet. Les gens viennent uniquement par le bouche à oreilles, pourtant mes semaines sont souvent complètes. Je remercie chaque jour d’avoir la chance d’accompagner mes clients sur leur chemin, c’est un véritable honneur d’être au contact de si belles âmes. Le tout, sans selfie, sans hashtag. Chaque jour, quand je démarre ma journée, je ne sais pas ce que je vais vivre avec eux et chaque jour est une découverte. Je me sens l’Indiana Jones des profondeurs, toujours prête pour de nouvelles aventures. En prime cette année, je fréquente un cours de yoga qui ne fonctionne que via le bouche à oreilles. Leur site web est dans les choux, l’adresse et les tarifs sont erronés. Et quand on se rend à l’adresse correcte, l’interphone ne fonctionne pas et le nom ne figure nulle part. Un journal cale la porte signalant quand même qu’on est attendu, j’adore. En 2019, ça paraît incroyable et pourtant le cours est toujours fréquenté ! Effectivement, la maturité des pratiquants est belle, la qualité de l’enseignement aussi, tous ne sont pas là par hasard.

     Il y a tout simplement des choses qui vont mal ensemble. Peut-être est-ce une question de dose, en tous cas sûrement faut-il être prudent. Il est fort probable que la qualité et la véritable liberté soient inversement proportionnelles à l’investissement que l’on fait de l’extérieur (photos de soi, hashtags, marketing à outrance, poudre aux yeux et poudre de perlimpinpin). Le sentiment d’être bien, d’être Soi…suffit. Il remplit. D’énergie, de joie, de clients, d’argent. C’est communicatif et ça se fait tout seul, bonne nouvelle. Il mène au contentement, au sentiment de justesse et de justice. C’est tout le mal que je vous souhaite en ce début d’année – et là ton enseignant te rappelle quand même : « get your ass out of bed and do your practice », parce que la magie n’existe pas sans travail. Si seulement Avicii avait fait l’expérience du yoga…RIP Tim.

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