S’ouvrir à l’inconfort

          J’ai longuement hésité avant de partager avec vous cet article car il est un peu plus intime que les autres. Et puis je me suis dit que si, car l’idée d’un partage d’expériences est justement que chacun y trouvera quelque chose qui lui parle au-delà d’une histoire personnelle qui n’a finalement que peu d’intérêt en elle-même. Peut-être rencontrera-t-il finalement votre propre expérience ?

           Nous sommes un soir de weekend et…je n’ai rien à faire, au très bon sens du terme. Comment cela est-il possible en soi alors que j’ai passé la majorité de ma vie à m’agiter intérieurement, en recherche ardente ? Pour la première fois depuis des années (vraiment), je considère que tout est en ordre dans ma vie personnelle et professionnelle. Alors évidemment, on pourrait toujours trouver des « hic », des problèmes encore non résolus, des choses en attente, des projets naissants en chantier. Etc., etc., etc. Mais foncièrement, au niveau des choses vitales, essentielles à la réalisation de mon épanouissement, je suis comblée, je suis en paix dans mon être et en paix avec tous les actes que j’ai posés. Alignée diraient certains. Je fais ce pour quoi je suis là et d’ailleurs tous les signaux sont au vert, ça fonctionne dans la réalité partagée, ça fonctionne même un peu trop vite parfois.

           Comme je mène un travail d’écriture personnelle, je me saisis alors de mon dernier carnet et commence la liste de tout ce qui me réjouis profondément. J’écris en anglais car pour certaines choses, les pensées me viennent mieux dans cette langue. Les lignes s’enchaînent, je prends conscience de toutes les relations de « qualité » que j’ai construites autour de moi. La liste s’allonge malgré moi, je ne travaille à présent qu’avec des gens avec qui ça se passe comme sur des roulettes. La confiance est là, ils savent séparer boulot et amitié, ce sont tous des gens fiables, méticuleux, gentils. Toutes les amitiés que j’ai actuellement sont du solide, des personnes tolérantes, généreuses. Et la liste s’allonge encore et encore, je remplis une deuxième page. Je ferme le carnet, remercie et m’endors là-dessus, le cœur gros. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion et souhaitez redéfinir les priorités de votre vie, je vous encourage à regarder cette conférence de Robert Waldinger sur l’importance des relations interpersonnelles dans une vie : cliquez ici.

            Le lendemain matin, je me lève à 6h30, fait ma pratique de yoga, enchaîne avec un tas de tâches quotidiennes. Et puis je m’assois et là, je commence à sentir que quelque chose se prépare à l’intérieur. C’est encore flou mais rapidement je fonds en larmes. Je me suis couchée la veille avec le cœur gonflé de ce que j’ai construit et de ce que je reçois et tout à coup, c’est trop. C’est trop pour moi, car ce qui m’est familier, c’est de manquer, de galérer, de travailler pendant que les autres se reposent, de « faire l’esclave », de me fatiguer, de ramer, de perdre, de donner. C’est cette posture que je connais, elle m’a servi à un moment donné et m’a permis de déployer une énergie considérable pour me sortir du trou dans lequel j’étais. Elle était nécessaire…à un moment donné. Elle m’est connue, crée de la souffrance mais hey, c’est quand même plus confortable que l’inconnu non ? Alors me voilà assise là, à avoir du mal à accueillir émotionnellement de recevoir du positif que j’ai créé à la sueur de mon front et par des choix de vie qui m’ont coûté mes tripes. Crazy no ?

           Recevoir. Accueillir. La valeur que l’on se donne. Je lâche le contrôle pour accueillir ce que l’autre me donne de bon cœur, et dans un échange juste. Voler, c’est une autre affaire, je parle vraiment ici d’un commerce équitable des relations. Il y a une vraie justice là-dedans, je le sais en théorie, je le sais pour les autres…mais dans la balance, j’ai toujours préféré que ce soit moi qui perde quand même au final. Loin de l’image du bon samaritain auquel je ne crois pas une minute, ça me permet probablement à un certain moment de garder un sentiment de contrôle. Plus réaliste. Et voilà que j’invite à la salle de yoga Philippe Beer Gabel pour son atelier « L’art du lâcher-prise ». Ironic no ? Il n’y a rien de plus difficile que de lâcher-prise car ce phénomène advient au sein d’une situation où notre mental a TOUT…sauf envie de lâcher-prise. Laisser faire, on verra bien, faire confiance….et si on était blessé à nouveau ? C’est risqué. C’est inconnu. C’est nouveau. Donc c’est inconfortable. On peut parfois construire des barrages incroyables contre quelque chose qu’on ne peut pas accueillir émotionnellement. Et la vie devient souvent particulièrement accidentée, compliquée, conflictuelle, bâtons dans les roues, rame à contre-courant & compagnie…

           Je ne prends pas de résolution en début d’année mais je pose cycliquement des intentions, quand je le sens. Je les écris, je les relis, je les relie. Jusqu’à présent, tout s’est réalisé (comme quoi…). Mon intention pour 2017, aussi paradoxale et bizarre qu’elle puisse paraître d’un point de vue extérieur, est d’accueillir les remerciements, les cadeaux, les sourires…de manière détendue. Simple. Non conflictuelle. On ne force personne à remercier, à offrir un cadeau ou à sourire. Cela advient car c’est ce qui doit advenir. À soi de travailler pour accepter, accueillir, faire de l’espace autour de ça. C’est juste, légitime, on y a droit, sinon ça n’adviendrait pas avec autant de bonté, d’abondance et de fluidité. Le chemin, toujours surprenant, continue…et comme dirait l’autre, « Vous aussi vous le valez bien » !

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