Tsunami, cocotte-minute et string ficelle

Ça y est, la rentrée est passée. J’ai été ravie de revoir des élèves déjà réguliers et curieuse d’en découvrir de nouveaux. Quel bout de chemin feront-ils avec le yoga, qui peut le dire ? Parfois, j’enseigne (et j’adore ça, vraiment !), mais je ne peux m’empêcher de penser que cette position est vraiment spéciale, voire carrément étrange. En tant qu’enseignants de yoga, nous ouvrons aux personnes un espace/temps d’exploration d’eux-mêmes avec le soutien d’une méthode…c’est déjà tout un programme, assez ambitieux. Certains explorent peu à peu, beaucoup restent clairement en surface et se divertissent. D’autres viennent à un cours de sport. Je suis maintenant complètement détendue avec ça. Bienvenue à tous. Pourtant, il y a peu de temps encore, je me sentais angoissée si je voyais que quelqu’un ne comprenait pas le travail avec le souffle par exemple. Et puis après 3 années à raison de 10/12 cours par semaine, j’ai lâché cette attente. Ne vous méprenez pas, je donne le maximum à chaque cours et si je peux aider un élève à progresser, je le fais toujours. Mais j’ai compris qu’il fallait aussi laisser les gens faire leur chemin, quitte à les voir pédaler dans la semoule parfois…jusqu’à ce qu’ils s’en rendent compte d’eux-mêmes. Comme nous le faisons tous parfois. Apprendre le yoga nécessite des qualités particulières de discipline et d’ouverture, qui se développent si l’on se tient à une pratique régulière avec un enseignant qualifié.

           La rentrée est passée donc. Cette année, elle a pris pour moi l’allure d’un tsunami, une vague de dizaines d’emails par jour qui a failli m’engloutir. Telle une cocotte minute montant en pression, assise sur ma chaise de bureau (ergonomique svp), j’ai répondu du mieux que j’ai pu à toutes les sollicitations, négativement la plupart du temps, du fait du manque de places. Je me suis couchée très tard, j’ai très peu dormi et seule ma pratique et quelques lectures me permettaient de retrouver un espace d’apaisement. Comme à chaque fois que je me sens entraînée dans un état similaire (tendue « comme un string ficelle« ), je retourne en Inde. Mentalement du moins. Alors évidemment, je ne me visualise pas dans les rues de Delhi entre un mendiant lépreux et une odeur de poisson pourri (mais il y a également de belles choses). Je reviens en pensée aux nombreux moments où j’ai ouvert les yeux après une pratique. Où les gens autour de moi respiraient avec une telle intensité mais un tel relâchement dans le même temps, que je sentais tout mon corps s’imprégner de ces moments magiques. Je goûtais leur énergie. Le mental complètement détendu et ouvert, profondément paisible. Chaque brise, chaque rayon de lumière paraissaient alors plus intenses…car j’étais plus sensible. Et l’on a besoin de si peu au fond. De si peu pour se sentir bien, profondément. Habiter le moment présent, dans l’expérientiel. Nous ne possédons en fait, que cela.

           La pratique du yoga a ceci de très particulier que l’on reçoit en fonction de ce que l’on donne. Il ne s’agit pas seulement d’être régulier sur le tapis : « c’est bon j’y suis, je suis sauvé, namasté » (sic !). Il s’agit de développer en chemin et à chaque respiration, la juste intention, celle d’une recherche de paix, une ouverture. Cela peut être plus ou moins inconscient mais c’est essentiel. À un moment donné pour avancer, il faudra déposer les armes, à tous les niveaux. L’élève qui vient sur le tapis pour « se dépasser, brûler des calories », obtiendra cela très probablement. Mais reconnaître que l’on (se) cherche, que l’on ne sait rien et que l’on essaie d’apprendre. Que l’on essaie, sincèrement. Voilà une posture mentale qui n’a rien à voir avec de la soumission, mais qui donne les fruits les plus intéressants à long terme, car elle transforme la personne. C’est une position d’immense responsabilité envers soi-même, une position adulte. L’enseignant guide, recadre, propose. Mais chacun fait son chemin. Le yoga est à la mode et honnêtement, je ne me reconnais pas du tout dans la plupart de ce qui tombe sous cette dénomination actuellement. Car en plus d’avoir des moments « cocotte-minute », je suis également « vieux jeu » ! En tous cas, je me suis détendue vis-à-vis de mon activité d’enseignement et je vous souhaite à tous en cette rentrée de trouver cet espace de vacuité pourvous autoriser à…juste être. Ne tirez pas trop sur le string.

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